
Faire une campagne sur le terrain, c’est être en première ligne face aux préoccupations des Français. Leurs sentiments, leurs attentes et leurs réactions nous parviennent immédiatement. Mais entre les tractages et les nombreux cafés démocrates que nous organisons, il reste finalement peu de temps pour réfléchir aux impressions de cette campagne. Je m’y attarde aujourd’hui.
Tout d’abord, le manque d’enthousiasme des électeurs. Ne racontons pas d’histoires, tout le monde l’a ressenti durant les premières semaines de campagne. Cela ne signifie pas pour autant que les gens ne comprennent pas l’importance et l’enjeu de cette campagne. Mais aucun débat n’arrive à émerger.
Il est vrai que la crise a déconnecté les citoyens de l’univers politique. Paradoxalement, cette crise était pourtant l’occasion pour s’engager vers un autre modèle de société, comme le Modem le propose. Mais les électeurs sont rivés dans le présent, ils ne se projettent plus dans le temps long d’un projet politique. L’environnement, la régulation de la mondialisation, le modèle social sont des préoccupations qui paraissent parfois trop lointaines.
En outre, le PS et l’UMP ont fait une campagne a minima. Surtout, ne pas trop se fatiguer ! On ne peut pas dire qu’ils nous gênent pour faire campagne sur le terrain. Le PS s’est contenté d’affirmer son opposition à Barroso, alors même que leurs collègues socialistes le soutiennent, à l’instar du SPD allemand. Ils nous ont piqués au passage quelques propositions dans notre programme : nous demandons un emprunt européen depuis début décembre (voir l’interview de François Bayrou dans la Tribune datée du 6 décembre 2008). Quant à l’UMP, ils ressortent les vieilles recettes éculées : sécurité, immigration, Turquie. Le tryptique magique pour mobiliser son électorat. Ils vénèrent au passage leur grand chef dans des odes lyriques sur la Présidence française du Conseil. Ca suffira bien ! Ils appliquent avec conscience le service minimum.
Je vois surtout une profonde lassitude. Une désillusion cruelle. Les promesses non tenues de Sarkozy ont fait très mal à notre pays. Il nous reste à leur montrer que l’espoir n’a rien à voir avec la démagogie. Et notre espoir est porté par François Bayrou. Je constate aussi que sa voix est de plus en plus entendue et écoutée. Les passants refusent notre tract, s’arrêtent soudainement, font marche en arrière et nous disent « Si c’est François Bayrou, je le prends ». Je trouve incroyable qu’on nous reproche de compter sur lui. On nous répète inlassablement qu’il est tout seul, ce qui au passage est assez vexant pour tous les militants qui le soutiennent, mais dans le même temps on condamne sa présence durant cette campagne.
Il reste une semaine. C’est maintenant que les électeurs font leur choix. Allons encore parler d’Europe dans tous nos quartiers. Comme dit la pub, parce qu’elle le vaut bien.